Tuesday, February 6th 2007


Générations
posted @ 12:36 am in [ Uncategorized ]

Depuis plus de 10 ans, ma grand-mère avait un Alzheimer. Depuis plus de 10 ans, elle disparaissait tout doucement, au fur et à mesure que nous-même disparaissions de son univers. Bribe par bribe, relation par relation. Elle ne nous reconnaissait plus, nous ne la connaissions plus. Alors même si son corps continuait de tenir le coup indépendamment de son esprit parti vaquer ailleurs, pour moi, elle n’était déjà plus là depuis longtemps.

Ma mère m’a appelé cet après-midi pour me prévenir que c’était fini, cette fois, physiquement. J’ai eu l’impression qu’elle ne me confirmait qu’une information que je savais depuis des années. Je n’ai pas vraiment réagi.

Jusqu’au moment où elle m’a demandé si je voulais qu’on rajoute Gabriel sur le faire-part, à côté de nos deux noms.
“Non, j’ai répondu, elle ne savait même pas qu’il a existé.”

C’est le seul moment où nos voix ont tremblé.




Tuesday, August 8th 2006


6 millimètres
posted @ 11:27 am in [ Uncategorized ]

Il faut toujours que les mauvaises nouvelles arrivent quand il fait beau, que le soleil et les gens qui sourient se mettent à narguer.

Le petit bout d’espoir a cessé de grandir il y a environ un mois, et c’est seulement maintenant que mon corps s’en aperçoit, ce qui n’en est que plus douloureux. Il est resté si petit que probablement je ne le reconnaîtrai même pas au milieu du reste.

Je sais que ça arrive, souvent.
Je sais que c’est sans rapport avec Gabriel.
Je sais que ce n’était rien de plus qu’un oeuf un peu transformé.
Mais je voudrais que les choses arrêtent de mourir dans mon ventre.




Thursday, June 29th 2006


Ponctuation
posted @ 10:57 pm in [ Uncategorized ]

Il en aura fallu, du temps, pour retrouver un équilibre, et laisser derrière moi les sautes d’humeurs violentes. Ces derniers temps, j’avais l’impression de finir toutes mes phrases par des points d’exclamation, ou à défaut, de les laisser traîner inachevées par des points de suspension. J’attendais, mais je ne savais pas vraiment quoi ; j’attendais que ça passe, que ça aille mieux. Ça me rendait nerveuse. Pas forcément irritable, mais oscillante, entre hystérique et sur-saoulée. Pas une pile électrique, un générateur haute-tension.

Et finalement, au bout de ce long moment, les choses ont accepté de s’ordonner un peu : dans ma tête, dans mon corps, et dans le rapport bizarre qu’il y a toujours eu entre les deux. Enfin on s’y retrouve un peu.
Tout commence à trouver sa place, à la virgule près.




Friday, May 12th 2006


Actualité
posted @ 11:51 pm in [ Uncategorized ]

Avec ma grande naïveté et ma foi indéfectible en l’humanité, j’ai du mal à imaginer comment quelque chose comme ça puisse se produire. Qu’on puisse ajouter au mépris affiché par le corps médical celui de la justice. Que l’on puisse ne pas comprendre que quand on a senti son enfant grandir, bouger à l’intérieur de soi, évidemment on voudrait un minimum de respect pour lui.
J’ai de la peine, vraiment, pour les gens qui sont capables de balayer tout ça, de fermer les yeux en leur âme et conscience.




Thursday, May 11th 2006


Le manque, encore, toujours
posted @ 12:29 am in [ Uncategorized ]

C’était il y a une dizaine de jours, une soirée d’au revoir - déjà, ça commençait mal. Il y avait eu trop de bière, trop de vin, trop de bière à nouveau, et trop de téquila. Trop de fatigue, aussi, probablement.

Il m’avait montré son fils qui faisait ses premiers pas hésitants avant de se cogner dans un mur, sur l’écran de son mobile. Je n’ai jamais été du genre à m’extasier devant les bébés des autres, je crois bien que je ne le serai jamais ; mais l’éclat dans ses yeux à lui, son bonheur à l’idée de partir retrouver son enfant, ça, ça m’avait touchée.

Et puis il m’avait parlé de moi, de Gabriel. Plusieurs fois. Gentiment.
Alors j’avais fini par sombrer doucement dans la dernière tequila.
Il m’avait consolée du mieux qu’il pouvait, en m’expliquant que ce n’était pas de ma faute. Que je n’y étais pour rien. Que j’avais fait ce qu’il fallait, réagi comme je le devais.
Peut-être. Certes.
Certes, mais ce n’est pas le problème actuel.

J’avais tenté de lui faire comprendre, mais je ne m’étais pas trouvé convaincante, et de toute évidence lui non plus. Sur le coup, j’avais accusé l’alcool et la fatigue. En fait, c’est juste que je ne peux pas l’expliquer, en tout cas pas aussi bien que je le voudrais. Il y a trop de choses à dire, trop de choses qui se bousculent encore.

Gabriel me manque.




Monday, April 24th 2006


Saloperie d’agenda
posted @ 10:00 pm in [ Uncategorized ]

J’avais songé à poser des congés pendant cette fichue semaine, à disparaitre de la surface de la terre en attendant que ça passe. Puis je m’étais dit que non, ce n’était pas la peine, les dates n’avaient aucune importance. Que ça fasse 365 jours, finalement, qu’est-ce que ça change ? Rien du tout.

Sauf qu’en fait, non, pas rien du tout.
D’ailleurs si ça ne faisait rien, je n’aurais même pas pensé à essayer d’erradiquer cette semaine de mon emploi du temps. Ça parait logique, non ?

Et du coup maintenant je me retrouve à prendre des rendez-vous pendant cette semaine-là. Je me retrouve à avoir des choses à faire le 10, le 11 ou le 12 mai, et à manquer de suffoquer quand on me propose une date. A trouver ça con, mais à ne pas pouvoir m’empêcher de sursauter à chaque fois.

Vivement le mois de juin.




Saturday, March 11th 2006


Vertige
posted @ 12:32 am in [ Uncategorized ]

Le sentiment qui revient toujours, finalement, c’est la peur du vide. Ce creux si présent, ce déchirement physique, ce gouffre en moi que je ne peux pas combler, jamais complètement. Ce trou dans mon ventre.
Les echos qui y résonnent me font trembler. Les au-revoirs sonnent comme des abandons. Je ne veux plus qu’on m’arrache des morceaux.
Je deviens agoraphobe sentimentale, je panique dans les espaces vides de ma vie.



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